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Le rugby à Madagascar, une histoire d’amour centenaire

Le rugby à Madagascar se pratique depuis plus de cent ans. Élevé au rang de sport national aux côtés de la pétanque, l’histoire du ballon ovale sur la Grande Île est extraordinaire et révèle une passion unique au monde. 

Naissance d’un amour

À Madagascar, le rugby est considéré sport national aux côtés de la pétanque. Importé par les colons français à la fin du XIXème siècle, le ballon ovale a joué un rôle majeur dans l’émancipation du peuple malgache. Cas unique en Afrique, le rugby a connu un succès très rapide au début du XXème siècle. Madagascar est alors considéré par les français comme le bastion clé de leur puissance coloniale dans l’Océan indien. À ce titre, les jeunes élites de la capitale accèdent à l’enseignement militaire.

Le rugby, au gré des échanges de pratique avec l’Angleterre, est alors présenté comme un nouvel outil éducatif destiné aux futurs cadres, pour forger des qualités d’endurance, de sang-froid, d’initiative, de solidarité et de sacrifice. D’abord exclusivement réservé aux colons, il fascine les jeunes malgaches qui délaisseront rapidement la gymnastique militaire pour s’y essayer. Cet entrain s’explique par les caractéristiques qui rappellent les pratiques physiques des hauts plateaux. De nombreuses activités ancestrales reposent sur le combat individuel, et ce nouveau sport répond aux exigences physiques de la jeunesse “mérina” (ethnie majoritaire à Antananarivo). L’engouement autour de la pratique amène à des résultats sportifs exceptionnels. Pour la première fois, des équipes malgaches battent les Français sur un terrain de sport. Le rugby devient alors la fierté du peuple. Dans les années 1920, le développement du mouvement sportif malgache se concentre principalement sur le ballon ovale. Les responsables créent des équipes dans toutes la ville et l’ensemble des quartiers sont représentés. Les malgaches sont tombés amoureux du rugby et, peu à peu, il s’ouvre et gagne les classes populaires.

le sport du peuple

Après la Seconde Guerre mondiale, l’expansion de la loi 1901 à Madagascar autorise le peuple à se réunir en association. Est alors créée la première ligue de rugby du pays. On compte plus de 21 clubs, 3000 licenciés et au moins 500 juniors en 1947. Les stades sont pleins à craquer. Chaque dimanche, plus de 10 000 personnes se rejoignent au stade d’Antanimena. L’engouement populaire est renforcé par des victoires de renom contre les meilleurs clubs français.

Dans les années 1950, des matchs d’anthologie opposent l’équipe nationale malgache à l’équipe tricolore. La ligue et les clubs s’enrichissent. Cette nouvelle manne financière leur donne accès à une certaine indépendance. Le rugby se politise. Les dirigeants s’intéressent de plus en plus au “mainty”, les descendants d’esclaves, les déshérités devenus la classe populaire. Le poids démographique indéniable de cette tranche de la population intéresse de plus en plus les recruteurs.

La migration du terrain de jeu vers le stade Malacam, situé au cœur du quartier pauvre de la ville amplifie le mouvement. Si les élites n’acceptent pas l’idée de se mélanger aux “mainty”, le comité directeur de la ligue y voit une opportunité exceptionnelle de diffuser des messages indépendantistes qui touchent alors le monde colonial. La mort du rugbyman malgache Randriambahiny dit Mbahiny lors d’une tournée de l’équipe nationale en France en 1957 devient un symbole. Repris par la presse, cette tragédie est perçue comme un affront des colonialistes. Madagascar gagnera son indépendance en 1960.

Aujourd’hui, la pratique du rugby est restée très populaire dans les quartiers pauvres de la ville. En 2014, la fédération malgache recensait plus de 250 clubs dans la capitale (record mondial). Malgré cette passion intacte sur les terrains d’Antanananarivo, le rugby malgache peine à rester sur le devant de la scène continentale. La faute à un jeu devenu de plus en plus physique, où la vitesse et la technique ne suffisent plus à se maintenir dans le gratin africain. Face à ce constat, la fédération s’active pour trouver des solutions. Parmi les axes définies pour redresser la situation, le développement de la pratique en région fait office de priorité. L’histoire s’est écrite à Antanarivo, elle doit se poursuivre dans toute l’île. La première action d’envergure se trouve être l’organisation du 1er championnat national de rugby scolaire à Madagascar, avec pour principal partenaire, Terres en Mêlées !

Source : http://journals.openedition.org/hommesmigrations/790#tocto1n1

 

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